vendredi 6 juin 2014

L'Île de Ré à l'hollywoodienne : « Nos fusils étaient en contreplaqué »

En 1961, l'île de Ré est investie par le tournage hollywoodien du « Jour le plus long »

On est le 25 novembre 1961. Il fait gris et frais sur la plage de Sablanceaux, mais la lumière est douce et laiteuse. C'est pour cette lumière si particulière que Darryl Zanuck a préféré l'île de Ré à la Normandie, Rivedoux et Saint-Clément à Omaha Beach. Il crie dans le mégaphone « Lights ! Camera ! Action ! ». Aussitôt, 1 500 gamins attifés en GI courent en zigzag sur la plage : « Nos casques étaient français, nos fusils en contreplaqué. Mais à la caméra, ça ne se voyait pas », raconte Jean-Claude Galloyer, un des figurants de l'époque. Il avait 17 ans, était élève à l'école d'enseignement technique de l'armée de l'air à Saintes. Toute sa promotion avait été réquisitionnée pour le film.

Une sacrée récréation et vraiment le jour le plus long pour ces apprentis soldats encore imberbes et flottant dans leur treillis. « On a dû retourner six fois la scène. Certains d'entre nous devaient tomber sous les balles. Mais il n'y avait jamais assez de morts », poursuit celui qui, en 2011, pour le cinquantenaire du tournage, a réuni une bonne centaine des anciens figurants de sa promotion sur la même plage de Rivedoux.

Hollywood-en-Ré

Pour les scènes des GI sautant dans l'eau depuis les barges de débarquement, Darryl Zanuck avait préféré faire confiance à des militaires de Rochefort.

Ils virent peu de stars sur la plage de Rivedoux. Seule la scène où Bourvil apporte le champagne y fut tournée. Les Henri Fonda, John Wayne, Robert Mitchum débarquèrent, eux, à l'autre bout de l'île, sur la conche des Baleines, à Saint-Clément, où des kilomètres de faux barbelés avaient été étirés, des blockhaus en carton-pâte érigés et des chalets normands imaginés un peu en retrait de la plage.

L'un des sentiers qui donnent accès à la conche a été d'ailleurs baptisé « Pas Zanuck ». Le réalisateur était arrivé en jet privé depuis les États-Unis à La Rochelle, puis en hélicoptère sur les lieux du tournage.

C'était Hollywood-en-Ré, l'argent coulait à flots. La production du film fit cadeau d'une salle de cinéma à l'école de l'armée de l'air à Saintes et de 300 000 francs au Conseil général pour remettre les routes en état après le passage des tanks et autres gros engins réquisitionnés pour le film.

Le sourire de Mitchum

Le film anima la vie rétaise pendant plus d'un mois. Certains agriculteurs participèrent même d'une certaine manière à l'intendance : « Avec mon cheval et ma charrette, j'allais relever les morts sur la plage. C'étaient des cadavres postiches », racontait en 2005 Léon Massé, ancien cultivateur de Saint-Clément. Quelques marins pêcheurs avaient également été mobilisés pour creuser les tranchées, un déploiement de forces pas vu sur l'île depuis qu'ils avaient repoussé Buckingham au pont de Feneau en 1627.

Et à La Rochelle, où logeaient les plus grandes vedettes, quelques dames aux cheveux argentés se souviennent encore, avec des soupirs de regret, du sourire ravageur de Robert Mitchum dans les soirées mondaines.

Source : Sud-Ouest du 25/07/2012

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