28 juillet, 2011

Visite à la centrale de Saint-Martin

Se soigner et travailler : les deux points noirs de la centrale de l'île de Ré selon le contrôleur des prisons

Un état des lieux de la centrale pénitentiaire de Saint-Martin-de-Ré. Une plongée dans l'univers carcéral avec ceux qui y vivent et ceux qui y travaillent. Le rapport que le contrôleur général des lieux de privation de liberté vient de rendre public sur son site Internet (www.cglpl.fr) est tout cela à la fois. Il ne s'intéresse pas aux bâtiments, sauf pour souligner l'exigüité des cellules (6,50 mètres carrés) et « l'état médiocre » des douches. Ni à la fermeture programmée de la centrale, sauf pour pointer « les inquiétudes » des personnels. Mais il se préoccupe du sort des 450 détenus et des 267 agents condamnés à cohabiter entre quatre murs. Et formule en conclusion 36 propositions pour améliorer le quotidien des uns et des autres.

Si la visite remonte au printemps 2009, ses enseignements sont toujours d'actualité. La prison de Saint-Martin, c'est deux mondes parallèles : la caserne et la citadelle. La première abrite les détenus jugés « les plus dangereux », la deuxième « les plus vulnérables ». Lors du contrôle, sur 402 détenus, on recensait 45 « perpète » et un tiers de condamnés à 20 ans et plus. Contrairement à une idée répandue, les étrangers ne sont que 19 %, de 25 nationalités différentes. Age moyen : 45 ans. Le doyen avait 80 ans.

Equilibre

Saint-Martin n'est pas la pire des centrales. « Les relations entre surveillants et détenus semblent sereines, notent les rapporteurs. Un équilibre a été trouvé entre les exigences de la sécurité et les conditions de la vie quotidienne pour des condamnés à de longues peines. » Ce qui n'exclut pas les tensions et les incidents, mais plutôt moins qu'ailleurs.

La préoccupation première, c'est de tuer le temps. Les prisonniers les plus « chanceux » travaillent dans les ateliers. Ils fabriquent des filets pour une société rétaise, cousent des uniformes pour... l'administration pénitentiaire, peignent des figurines vendues à La Rochelle...

L'emploi se fait rare derrière les barreaux. Le nombre de postes a chuté de 150 à une centaine. Compter un an d'attente avant d'obtenir une place. « Les détenus sont payés à la pièce et gagnent entre 500 et 600 euros par mois "cantinables", c'est-à-dire une fois prélevée le pécule de sortie et la part qui sert à indemniser les parties civiles. »

80 sont en formation professionnelle, maçonnerie ou taille de pierre, à 240 euros par mois. 200 suivent une scolarité, des cours d'alphabétisation au parcours universitaire. La vie est rythmée par les promenades quotidiennes, les séances de sport (musculation, boxe, rugby...), les soirées télé (20 euros par mois à l'époque). Ils sont une soixantaine à fréquenter régulièrement la bibliothèque, riche de 2 500 ouvrages, dont le « Guide du prisonnier » édité par l'Observatoire international des prisons. La cuisine n'a suscité aucune plainte, notent les contrôleurs. L'administration dépense royalement 3,40 € par jour et par prisonnier pour la nourriture. Pour améliorer l'ordinaire, reste la cantine où les produits sont vendus à prix coûtant ou avec une marge de 5 %. Chiffre d'affaires 2008 : 691 620 euros.

Solitude et isolement

Effet de l'éloignement ou de la typologie des prisonniers, les visites sont rares à Saint-Martin. Et la solitude pesante. « Les parloirs ne sont pas pleins. 75 % des détenus ne reçoivent pas de visite. Ils ont rompu les liens qu'ils avaient avec l'extérieur. »

Les « unités de vie familiale», en revanche, sont plébiscitées : un appartement où le détenu peut accueillir sa famille pendant un temps fixé par l'administration, de 6 heures à 72 heures. « C'est un élément qui leur fait oublier la difficulté de l'incarcération à Saint-Martin. Au départ réticents, les personnels y sont favorables parce que c'est un outil de réinsertion. »

La mission de contrôle a entendu une quarantaine de personnes, détenus et agents pénitentiaires. « Le taux de renouvellement du personnel est important, conclut-elle. L'établissement est moins attractif qu'avant du fait des difficultés de logement dans l'île de Ré. L'absentéisme est faible. Les surveillants paraissent très satisfaits de leurs conditions de travail. »

On comprend alors qu'ils ne souhaitent pas partir pour... Fontenet.

Source : Sud-Ouest du 19/03/2011

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